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03/07/2010

Discours de Brice Hortefeux après la profanation de 18 tombes à Strasbourg

Le ministre des Cultes, Brice Hortefeux, a dénoncé vendredi à Strasbourg la multiplication "inadmissible" des agressions contre la communauté musulmane de France, lors d'une cérémonie organisée dans un cimetière où des tombes musulmanes ont été profanées en début de semaine.


"Trop souvent les musulmans de France sont la cible d'agressions inadmissibles", a déclaré le ministre en présence d'une centaine de personnes venues se recueillir dans ce cimetière du nord de Strasbourg. Dans la nuit de lundi à mardi, 17 pierres tombales y ont été renversées ou endommagées dans un carré musulman, mais le ou les auteurs des faits n'ont laissé aucune inscription sur les tombes.

"Dès qu'une confession est attaquée, c'est la France tout entière qui s'en trouve blessée", a encore affirmé M. Hortefeux, dénonçant le racisme qu'il a assimilé à un "repli sur soi" et à une "défaite de la pensée".

Le ministre a rappelé que "314 faits de violences racistes hostiles aux musulmans" ont été recensés en France en 2009, et a énuméré d'autres agressions du même type survenues plus récemment : impacts de balles découverts sur la mosquée d'Istres fin avril, profanation de tombes musulmanes à Tarascon et à Vienne (Isère) en mai.

"Nous sommes indignés par la triste série de profanations qui frappe nos mosquées, les tombes de nos morts et les stèles de nos soldats", a observé à ce propos le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui. Concernant le cimetière de Strasbourg, M. Hortefeux a affirmé  avoir "donné les ordres les plus stricts pour que les auteurs (de la profanation) soient identifiés, arrêtés et remis à la justice". La cérémonie a eu lieu en présence du maire (PS) de Strasbourg, Roland Ries, de nombreux responsables politiques locaux et de représentants des cultes catholique, protestant et juif.

Brice Hortefeux attendu à Strasbourg
Le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, est attendu vendredi à Strasbourg pour une cérémonie de recueillement après la profanation de dix-huit tombes d'un carré musulman, a annoncé mercredi la Grande Mosquée de la ville. Son délégué général, Abdelaziz Choukri, a informé mercredi la presse que de nombreuses personnalités avaient confirmé leur participation à la cérémonie "dont notamment M. Brice Hortefeux". La cérémonie organisée par les institutions musulmanes régionales et nationales se déroulera à partir de 16 heures au cimetière nord de Strasbourg où la profanation avait été découverte mardi matin. AFP

Le Conseil Français du Culte Musulman informe qu’un rassemblement de recueillement aura lieu au cimetière Nord de Strasbourg, dans le quartier de la Robertsau, le vendredi 2 juillet 2010 à 16 heures, en présence de Monsieur Brice Hortefeux, Ministre de l’Intérieur de l’Outre-mer et des Collectivités territoriales, de M. Roland RIES, Maire de Strasbourg, des élus, des membres du Conseil Français du Culte Musulman et des représentants des autres cultes. Cette cérémonie fait suite à la profanation de tombes musulmanes de ce cimetière dans la nuit de lundi à mardi. Le CFCM réitère son appel aux différentes composantes de notre pays pour prendre part à ce rassemblement contre le rejet, la haine et l'intolérance.

Message de Monseigneur Jean-Pierre Grallet, archevêque de Strasbourg
Au nom de l’Église catholique d’Alsace, je tiens à dire à la Communauté
Musulmane notre profonde tristesse et notre amitié. Nous condamnons fermement cet acte sordide de profanation et de provocation et nous appelons chaque citoyen au respect mutuel et à la solidarité.

Le discours de Brice Hortefeux

Mesdames et Messieurs,
Dans la nuit de lundi à mardi, le carré musulman de ce cimetière de
la Robertsau , à Strasbourg, a été profané. Profitant de la nuit, un ou plusieurs individus se sont introduits dans ce cimetière et ont spécifiquement ciblé le carré musulman.
Sur les 61 tombes de ce carré, 17 ont été renversées ou endommagées.            Face à ces actes, il y a d’abord le temps de l’émotion : de l’émotion pour les familles une deuxième fois éplorées, de l’émotion face à tant de lâcheté. Après l’émotion, vient le temps de la mémoire et du respect. À la profanation, vous avez voulu opposer le recueillement. À la haine, vous avez répondu par l’apaisement. Face à l’ignominie, vous avez montré votre dignité.L’émotion et le recueillement ne suffisent pas. Il y a aussi le temps de la détermination. Dès qu’un tel acte se produit, nous donnons immédiatement les ordres les plus stricts aux forces de police et de gendarmerie pour que ses auteurs soient identifiés, arrêtés et remis à la justice. Face à ces criminels, face à tous ceux qui offenseraient ainsi l’un ou l’autre des membres de la communauté nationale, nous ferons toujours preuve de la plus ferme résolution.
Si j’ai souhaité venir ici, c’est, avant tout, pour soutenir la communauté musulmane de France.
Voir la sépulture d’un proche profanée est, en effet, une épreuve particulièrement douloureuse.    Une profanation fait surgir la violence et l’irrespect dans un lieu spécifiquement voué au recueillement et à la mémoire. Elle nie le travail de deuil effectué par les familles, ravive un chagrin que le temps commençait à adoucir, et rouvre la blessure provoquée par la disparition d’un proche.
Encore trop souvent, les musulmans de France sont la cible d’agressions inadmissibles. La profanation commise ici, à Strasbourg, porte à trois le nombre de violations de cimetières musulmans depuis deux mois.
Je pense, en effet, aux sept stèles de soldats musulmans morts pour
la France lors de la première guerre mondiale qui ont été dégradées, le 7 mai dernier à Tarascon dont les auteurs ont pu être identifiés et interpelés dès le lendemain de la cérémonie de recueillement. Je pense, aussi, aux inscriptions racistes découvertes quelques jours plus tard, le 15 mai, sur trois tombes musulmanes du cimetière de Vienne, dans l’Isère. Mais je pense, plus largement, à toutes les agressions, physiques ou verbales, qui touchent, chaque année, nos compatriotes musulmans : les 32 impacts de balles retrouvés le 25 avril sur la mosquée d’Istres et, plus globalement, les 314 faits de violence raciste hostiles aux musulmans recensés en 2009.
Que les choses soient claires : les musulmans de France œuvrent pour un islam de paix.
La République , en retour, se mobilise pour qu’ils puissent vivre leur foi paisiblement.
Je sais, Monsieur le président MOUSSAOUI, quel rôle vous jouez au quotidien pour apaiser les tensions et promouvoir le dialogue, la concertation et l’échange.
En retour,
la République s’engage pour votre communauté : je pense, bien sûr, au message du premier ministre à l’occasion de l’inauguration de la mosquée d’Argenteuil, soutenant cette « inscription sereine de l’islam dans le paysage national » et rappelant la valeur de notre « laïcité ouverte à tous les cultes » ;
je pense, aussi, à l’annonce que vous avez faite il y a quelques semaines, Monsieur le sénateur-maire, de la construction dans votre ville d’un cimetière public pour les défunts de confession musulmane compte tenu du cadre juridique propre à votre région ; mais je pense, surtout, à la convention, Monsieur le président MOUSSAOUI, que nous avons signée place Beauvau, le 17 juin dernier, pour la mise en œuvre d’un suivi statistique et opérationnel des actes hostiles aux musulmans de France. Par ce biais, nous allons, enfin, disposer d’une vision exhaustive et partagée des actes hostiles aux musulmans qui nous permettra de mieux les combattre.
En me rendant ici aux côtés de la communauté musulmane, je viens aussi, en réalité, au chevet de
la France. En effet, dès qu’une religion est attaquée, dès qu’une confession est visée, c’est la France tout entière, République laïque et respectueuse, qui s’en trouve blessée.
La communauté musulmane n’est pas la seule à être touchée. D’autres religions font trop souvent l’objet d’actes ou de comportements inacceptables.
Depuis le début de l’année, les cimetières alsaciens ont subi deux profanations importantes : le jour même du 65ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, une trentaine de tombes juives avaient été détériorées dans le cimetière de Cronenbourg. Le 28 mai dernier, à Guebwiller, une centaine de tombes chrétiennes de soldats allemands tombés dans les deux guerres mondiales ont, elles aussi, subi des dégradations.
Lorsque, comme aujourd’hui, la communauté musulmane est touchée, lorsque, comme le 28 janvier dernier, un cimetière juif est profané, lorsqu’une église catholique ou lorsqu’un temple protestant est visé, c’est la communauté nationale que l’on veut blesser.
Ces actes sont inadmissibles au regard de ce que nous voulons pour notre pays. Moralement, les Français les condamnent. Pénalement,
la République les punit.
De tels actes sont, en réalité, une violation des valeurs de
la République laïque dans laquelle nous avons choisi de vivre.
Depuis plus d’un siècle, notre pays s’est construit un cadre, celui de la laïcité, dans lequel ceux qui croient au ciel comme ceux qui n’y croient pas s’épanouissent librement, dans un climat de respect mutuel.
Comme ministre chargé des cultes, il me revient donc de veiller à ce que les libertés de conscience et de culte soient une réalité pour chacun de nos concitoyens. La politique de
la France est claire : soutenir toutes les communautés qui la composent autant que combattre les communautarismes qui cherchent à la faire éclater.
C’est la raison pour laquelle au-delà de ces occasions tragiques, chacune des religions présentes dans notre pays sait que j’entretiens avec elle des relations fréquentes et chaleureuses.
J’ai récemment reçu le bureau du conseil français du culte musulman, je m’entretiens régulièrement avec les autorités cultuelles et culturelles juives, et dans les prochains jours, je recevrai, une nouvelle fois, Monseigneur Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la conférence des évêques de France.
Mesdames et Messieurs les représentants de l’État, des collectivités et des cultes,
le racisme est un repli sur soi, le racisme est une défaite de la pensée, le racisme est une négation des valeurs républicaines.
A ce poison, nous devons opposer, sans relâche, le dialogue, le respect et l’écoute. C’est comme cela que nous construisons, chaque jour, une nation apaisée.
C’est comme cela, c’est-à-dire en retrouvant toutes les communautés réunies autour d’une même émotion, que nous donnons à notre République tout son sens.

France 3

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