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28/06/2010

Les musulmans d'Alfortville devront retourner prier dans les caves

15 heures, c’est la fin de la prière du vendredi. Les derniers fidèles quittent le petit bâtiment construit sur un seul niveau et enfilent leurs chaussures déposées à l’extérieur, sur des étagères montées sous une tente blanche...


Bachir Dahmani, le responsable des lieux, ne nous accueille pas de bonne grâce. « Vous êtes bien le responsable de l’association ? » Pas le souffle d’une réponse. L’homme demeure silencieux, mâchoires serrées. Nous insistons : « Monsieur Dahmani ? » Il ne bronche toujours pas, le regard perdu dans le vague. « Je n’ai pas envie de parler », lâche-t-il enfin. Nous sommes au 40, rue de Nice, devant l’entrée de la mosquée d’Alfortville. Du moins si l’on en croit le jugement rendu le 8 avril dernier par la tribunal administratif de Melun. Pas de minaret en vue cependant.

Tout commence en octobre 2006, quand le conseil municipal de la ville décide d’allouer des fonds pour la construction d’un lieu d’accueil au bénéfice d’une association algérienne. Son coût ne passe pas inaperçu : plus de 700.000 €. Après étude du plan, des élus de l’opposition s’aperçoivent que l’espace associatif projeté ressemble curieusement à un lieu de culte : salle de prière, local pour les ablutions… Ils déposent alors un recours devant le tribunal administratif. Quatre ans plus tard, se fondant sur la loi de séparation des Eglises et de l’Etat (1905), ce dernier vient de juger que le bâtiment construit est bel et bien une mosquée et que son financement par la mairie est illégal, tout comme la convention d’occupation qui permet à l’Association des musulmans d’Alfortville (AMA) de jouir des lieux.

« Je ne mène pas une croisade contre l’islam. S’il s’agissait d’une église ou d’une synagogue, ce serait la même chose. Je pars simplement du principe que c’est contraire à la loi. Je me suis inscrite dans une démarche d’utilisation des finances de la commune » explique Catherine de Rasilly, conseillère municipale sans étiquette, à l’origine de la plainte déposée contre le projet. « Nous n’avons pas assez de crèches, pas suffisamment d’écoles. Il y avait mieux à faire que de financer un lieu de culte », juge l’élue, avant de conclure : « Il faut rendre aux habitants la jouissance de ce bâtiment qui a été payé avec leurs impôts. » Une demande que n’entend pas satisfaire l’actuelle équipe municipale.

« J’ai aidé toutes les communautés à pratiquer dignement leur culte. Personnellement, je suis athée et donc très à l’aise sur le sujet. Mais je ne peux pas accepter de rendre visite à des gens qui prient dans une cave », explique Réné Rouquet, le député maire (PS) d’Alfortville. « On est toujours à cheval sur le cultuel et le patrimoine », admet l’élu. « Etre dans la légalité, je m’en tape, et si je dois aller devant le tribunal, je m’en fous ! » assure-t-il, irrité par la décision des juges administratifs. Faut-il modifier ou réformer la loi de 1905 et permettre aux pouvoirs publics de financer les cultes ? « Non, je n’y suis pas favorable. Si on modifie cette loi, partout on nous demandera de construire des lieux de culte. Je pense qu’il faut s’adapter aux situations locales et veiller à la sécurité des citoyens », estime le maire d’Alfortville, où les Algériens constituent la première communauté étrangère. « L’avantage, c’est que le bâtiment (la mosquée, NDLR) appartient à la mairie, on a un droit de regard, on peut voir ce qu’il s’y passe », relève encore René Rouquet.


Quittons l’élu et traversons la place François-Mitterrand, où se dresse la mairie. Direction l’église Notre-Dame, située à une centaine de mètres. Il est 12 h 15, c’est la sortie de la messe en ce dimanche de juin, singulièrement gris et pluvieux. Au pied des escaliers de l’édifice se mêlent robes africaines à fleurs jaunes ou bleues et robes blanches de communiants. « Nous sommes bien conscients, nous les catholiques, de bénéficier d’un patrimoine qui existait avant nous (40.000 églises en France selon l’Observatoire du patrimoine religieux). Pour les nouvelles communautés, c’est différent, ils n’ont pas ça. Les musulmans qui vivent ici ont besoin d’avoir des lieux de culte décents, qui ne soient pas des garages », reconnaît Pierre-Edouard Le Nail, le curé de l’église. Faut-il que les pouvoirs publics aident ces communautés à construire de nouveaux lieux de culte ? « Je pense qu’il est nécessaire de redéfinir les règles du jeu pour l’ensemble des communautés. La laïcité impose, de temps en temps, des critères trop stricts, trop bornés », juge le prêtre. Puis de confier : « En 1999, la tempête avait détruit les vitraux de l’église, nous n’avions pas suffisamment d’argent pour les remplacer. Pour recevoir la subvention que nous proposait le maire au titre du patrimoine, il a fallu monter une association culturelle bidon. »

Jean-Claude Galli pour francesoir.fr

Commentaires

yjh

Écrit par : n | 13/12/2010

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